A 30 ans, ce que tu veux, c’est tuer des bébés phoques!

Honnêtement, je ne sais pas comment j’en suis arrivée là. La veille, je me suis tranquillement endormie et le lendemain, au réveil, tout a basculé. En même temps, je ne vois pas pourquoi ça me surprendrait : la vie ne t’envoie que très rarement un bristol pour te prévenir d’une hécatombe à venir.

En huit heures – mon temps de sommeil moyen – me voilà passée de trentenaire lambda, entendez ici pas malheureuse, mais pas non plus hyper épanouie à m’en taper le cul par terre, à trentenaire célibataire, prête à accepter de me faire manger par des bergers allemands pour abréger la douleur de la situation une bonne fois pour toute.

Bon, quand je dis que je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là, j’exagère peut-être un peu… Mon instinct me dit qu’il y avait des signes avant-coureurs… Mais quand même, n’est-ce pas normal quand on est follement amoureux de s’accabler de reproches ? De préférer effleurer son Mac plutôt que son Mec, ou encore de préférer le silence aux discussions futiles ? Non, vraiment, je ne suis pas certaine de comprendre…

Mais le pire de tout, ce n’est pas de ne pas comprendre, non. Le pire, c’est d’être la seule personne à ne pas comprendre. Parce qu’apparemment, alors que dans votre non-malheur vous ne voyiez (presque) rien venir, les autres – entendez ici le monde entier excepté vous – regardaient votre vie défiler derrière leur vitre sans tain, en pariant sur QUAND elle allait s’effondrer. Car la question ne se posait même pas, elle allait s’effondrer ; la seule inconnue étant ‘quand’ cela allait avoir lieu.

Les autres ayant reçu ce fameux bristol de la vie les invitant à assister à l’effondrement de votre santé mentale, autant dire que leur état de surprise fût assez limité quand les yeux rougis et le nez coulant vous les avez avertis de votre nouvelle composition de ménage : vous et votre dépression naissante.

C’est génial, prends ça comme une renaissance!

 


Non, personne n’a été surpris. Par contre, vous avez eu droit à un florilège de réactions plus gerbantes les unes que les autres. A commencer par la réaction de votre ami Sam qui a pour activité principale de parler aux arcs-en-ciel et de lire des bouquins sur la pensée positive. Ne vous méprenez pas, moi aussi j’aime bien les arcs-en-ciel, sauf que pour l’instant, ce qui me ferait vraiment du bien au moral, c’est de tuer des bébés phoques. Non, vraiment, la pensée positive, très peu pour moi, je suis plutôt du courant de la pensée dépressive, beaucoup plus rentable pour l’économie du pays.

Ainsi, votre ami Sam vous propose de voir votre nouveau statut de célibataire comme une renaissance. Une renaissance ? Non mais mec, vraiment ? Il n’y a pas plus traumatisant qu’une naissance. Je ne me mettrai pas ici à la place de la mère qui, quand on y pense bien, est dans une position assez confortable : shootée à la péridurale et les jambes écartées. Non, je parle ici de notre traumatisme à tous : celui d’être arraché de notre cocon bien douillé à coup de forceps. C’est ça la naissance ! Cette vie de merde vient te chercher de façon musclée pour t’extorquer tes premières larmes. Larmes qui ne te quitteront pas tout le long de ton existence. Et toi, pour la simple et bonne raison que tu passes ton temps à sniffer des petits poneys, tu voudrais que je vive ça une deuxième fois ? Emmenez-moi aux bergers allemands svp !

Standing ovation pour Truman!

 


Oui, ils savaient tous, ils étaient tous de mèche ! Tous, eux, les autres. Amis, voisins, collègues… Tous savaient que votre monde ne tarderait pas à exploser. Tous étaient prêts à faire couler le champagne. Ils vous avaient d’ailleurs tous prévenus ; c’est ce qu’ils vous disent. Allez savoir pourquoi, alors que vous n’étiez pas malheureuse, tous voyaient que vous n’étiez pas heureuse. Les autres nous connaitraient-ils mieux que l’on ne se connait soi-même ?

Attention, il n’y a aucun cynisme dans leur réaction. Non, tous s’accordent à dire que vous serez beaucoup plus heureuse comme ça. Qu’une nouvelle vie s’offre à vous. Que c’est une chance incroyable. Sauf que les autres ont l’air d’oublier que la vie, qu’il s’agisse de celle qui vous a larguée ou de celle à venir, quoi qu’on en pense reste une salope. Parce que la vérité, c’est que ces dernières années, vous avez accepté sans le savoir le rôle de ce misérable Truman Burbank. Vous avez certainement amusé la galerie… Oh oui… Tenu les autres en haleine. Les spectateurs de votre vie étaient peut-être même invités à voter pour choisir la prochaine scène de cette aventure infernale, qui sait ?

En attendant, vous ne pouvez vous empêcher de vous repasser le film en boucle, en espérant mettre le doigt sur cette fameuse scène qui a tout fait basculer. Alors que finalement, le plus important n’est-il pas que le monde entier semble applaudir l’acte final ?

Mrs X.

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