JAPON: RUI-KATSU ET WEEPING BOYS,
À LA RECHERCHE DES LARMES PERDUES

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Il est 10 heures un lundi matin lorsque votre boss vous demande de vous rendre dans la grande salle de réunion. Vous vous retrouvez avec une demi-douzaine de vos collègues pour une projection privée. Au programme : images de gamins tristes, d’animaux battus et autres tragédies humaines. Petit à petit vous sentez vos yeux s’humidifier ; ça y est vous pleurez ! Pendant deux secondes vous songez à vous essuyer le nez sur la manche de votre pull en laine qui vous à démangé toute la matinée. Mais fort heureusement, juste avant que vous ne sautiez le pas, un type un peu bizarre, mais plutôt sympathique à regarder, se rue à vos pieds pour essuyer vos larmes. Pour ceux qui ne s’en douteraient pas, cette scène se déroule au Japon.

L’insensibilité nippone

I

l est de notoriété publique que les Japonais ont le talent de contrôler leurs émotions, voire de les réprimer. Pour éviter les désagréments directement liés à cette étonnante aptitude, les Japonais seraient de grands adeptes de ces thérapies de pleurnicheries. En effet, c’est en 2013 que l’entrepreneur Hiroki Terai fait une énorme découverte : les Japonais n’arrivent pas à pleurer sans faire d’efforts. Et si l’on ne comprend pas pourquoi quelqu’un qui tient tant à pleurer ne se contente pas de regarder Mufasa mourir – deuil éternel. Ce que l’on comprend encore moins, c’est pourquoi les nippons voudraient se forcer à chialer ? Sachez que les entrepreneurs japonais se sont posés les mêmes questions et y ont répondu comme suit :

Pleurer ça relaxe ! Ça permet d’exprimer les émotions et de créer des liens car il s’agit ici d’une thérapie de groupe, (pour info, si l’on a envie de se faire essuyer les larmes en toute intimité, il y a les « Sheep Boys » mais ça, c’est une autre histoire…).
Les gens au Japon n’arrivent pas à exprimer leurs émotions et ont du mal à gérer leurs relations. Et apparemment, une petite session de larmoiement en groupe pourrait les y aider. Le fondateur de l’initiative considère que c’est libérateur, destressant et régénérant. Cet avis est partagé par les participants, pour qui pleurer solo est synonyme de dépression contrairement au Rui-katsu qui n’engendre aucune tristesse.

Vous ne pleurez pas ? Vous échouez!

Le Rui-katsu, c’est le nom du procédé. Il consiste en un rassemblement de gens qui n’ont d’autre objectif que de pleurer. Si vous ne pleurez pas, vous avez manqué le but de la session. Afin de servir ce noble  dessein, on vous plonge dans une ambiance salle de ciné, et on vous diffuse des vidéos plus tristes les unes que les autres. Comme celle d’une fillette dont le chien trop mignon se fait chopper par une bagnole, ou encore celle d’un SDF tout gentil qui se fait battre par une bande de crétins.

Ou bien celle d’un père sourd et muet complètement ignoré par sa fille, et qui finit par mourir, enfin bref, que de réjouissances. And last but not least, une fois que vous aurez

vidé toutes les larmes de votre corps, la même personne qui vous a, en son âme et conscience, balancé la vidéo la plus triste de votre vie viendra tranquillement vous essuyer les joues. C’est le Weeping Boy. Je n’ai – à ce jour – pas trouvé d’infos sur d’éventuelles Weeping Girls.

Nous, peuple de pleurnichards

Dans nos contrées d’Occident, c’est tout à fait aberrant d’imaginer payer quelqu’un pour nous faire pleurer, étant donné qu’on passe littéralement notre vie à chialer.
Culturellement parlant, on est un peuple de pleurnichards que ce soit en public ou en privé. On pleure de joie, de colère ou de peine, peu importe la raison ou même l’endroit, rien ne nous empêche de chouiner.

Les larmes font partie intégrante de notre langage. Que ce soit pour dire merci, adieu ou j’ai mal, on use et abuse de nos glandes lacrymales sans y prêter attention. Alors même avec du recul, on a du mal à s’imaginer que des gens soient dans l’incapacité de verser une larme.

Par stratégie, le fondateur de la méthode Rui-katsu a voulu cibler son public. Il a lancé sa société Ikemeso, dont l’objectif est de faire pleurer les femmes mais de les réconforter ensuite avec de beaux jeunes-hommes. Ikemeso vient de Ikeme (homme) et Mesomeso (pleurer). Ces « hommes-pleureurs » parcourent les entreprises du Japon armés de vidéos émouvantes, à la recherche des working-girls les plus tendues afin de faire exploser leurs glandes lacrymales tels des geysers. Un business qui n’a pas fini de grandir. Bref, si vous vous retenez de pleurer depuis longtemps, n’hésitez plus, car c’est bourré de vertus, mais pensez à

contacter votre Weeping Boy d’abord. Enfin, si vous faites partie de ces gens qui n’ont pas la capacité de verser une larme naturellement, vous pouvez déménager au Japon et vous payer une séance avec un Ikemeso pour environ 70$. Autre possibilité pour les plus pragmatiques en quête de libération de leurs émotions : streamer quelques vidéos Youtube avec comme mots-clé « pub triste ». Soit dit en passant, « pub triste asiatique » est quand même la 3ème dauphine des suggestions, juste après « pub triste Noël » et « pub triste chien », qui sont en effet, tristes.

ALLISON

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