De la pression des ovaires à la dictature de l’utérus.

On peut parler de la pression des médias sur le corps des femmes, de l’oppression masculine sur la sexualité, de l’autocratie de la perfection et du despotisme des nouveaux standards de beauté. Mais soyons honnêtes, la vraie tyrannie pour les femmes opère de l’appareil reproducteur. Comme aux autres femmes, il m’a été conféré le pouvoir de ponte. Le problème? À part que tout mon corps s’effondre pendant 7 jours une fois toutes les 3 semaines à cet effet? C’est que je ne veux pas d’enfants. En quoi est-ce un problème, me direz-vous, nous sommes quand même en 2017, nous avons le droit de ne pas avoir d’enfants. Bien sûr, mais alors, il faut des raisons.

La décrédibilisation

On ne peut pas être une femme et simplement ne pas vouloir d’enfants sans que les gens aient le besoin compulsif d’y trouver une explication. « Sa mère ne l’aimait sûrement pas. » « Elle a dû subir un traumatisme qui l’empêche de donner de l’amour. » « Elle n’a pas trouvé le bon. » « Elle est trop jeune. » « Mais comment peut-on détester les enfants !? ».
Avant toute chose, quand vous annoncez à quelqu’un – qui vous a lui-même posé la question « et toi, tu veux des enfants ? » – que vous ne désirez pas d’enfants, il y a cette phrase accompagnée d’un roulement des yeux  : « Oh, tu dis ça maintenant mais tu verras plus tard, tu penseras autrement ». Comme avaient pu l’entendre les petites filles de 5 ans qui marmonnaient « J’aime pas les garçons ».

Si vous êtes de ces gens qui ont déjà prononcé ces mots, laissez-moi vous arrêter tout de suite. C’est d’abord le comble de l’impolitesse. Lorsque vous radotez Ô combien vous avez hâte de serrer dans vos bras votre « mini-moi » – par pitié, arrêtez avec cette expression – on ne vous arrête pas pour dire « Oh tu dis ça maintenant, mais quand tu auras réalisé que l’accouchement c’est un écartement du vagin de plus de 15 cm, tu penseras autrement » ou encore « oui pour l’instant tu l’aimes ton fils, mais quand il t’aura vomi trois fois dans la bouche et que tu auras passé 6 mois sans dormir tu verras, ça sera différent ». Je ne le fais pas, non pas parce que je ne le pense pas, mais parce que ça serait d’une impolitesse sans nom.

Deuxièmement, vous n’en savez rien. Vous ne savez pas si je changerai d’avis. En effet, c’est assez vexant de se retrouver confronté à une personne qui prétend savoir mieux que vous ce qu’il adviendra de votre futur quand on ne l’a pas payée pour ça.

Rares sont les femmes qui sont prises au sérieux quand elles confessent leur envie de rester sans enfant. Ou au contraire, on les prendrait même un peu trop au sérieux. Halte-là ! J’ai simplement avancé que la grossesse ne m’intéressait pas, pas que j’avais envie de gazer tous les bébés du monde…

L’éternelle interrogation

Mais on me demande quand même pourquoi. Malheureusement, dire que les gosses ça craint et que je préférerais me faire dévorer vivante par une horde de rats galeux que de pondre un marmot, ça ne suffit pas. Ce qui peut sembler adorable ou appréciable à certains me débecte ou m’ennuie profondément. Dois-je sortir la carte surpopulation ?

Je ne veux pas d’enfants parce que je n’en veux pas, c’est comme ça. Et il faut encore expliquer que non, je n’ai aucune haine pour les enfants, sauf pour ceux qui pleurent dans les lieux publics, et oui, j’ai eu une enfance heureuse. Et toi, pourquoi t’en veux ? Par ennui, parce que c’est le moment, pour prouver quelque chose ? Ta fertilité, ton amour, ta féminité ? Toi et ton mari avez-vous vraiment besoin d’un trophée humain pour concrétiser votre mariage ? Le choix de ne pas enfanter n’est pas plus égoïste que l’inverse.

Les défenseurs de la grossesse trouvent toujours un contre-argument un peu pourri et limite nian-nian du type « ça change une vie » et « c’est merveilleux et inexplicable ». Franchement, pour l’originalité ; zéro.  Et étant donné que ces arguments n’ont jamais réussi à me faire douter, ne fut-ce qu’une seconde de mon choix, je suis catégorisée : égoïste.

Les ingrates

On nous en veut de renoncer à ce bonheur suprême qu’est la maternité. C’est inadmissible, inconcevable et inapproprié de vouloir vivre sa vie en tant que femme et rien d’autre. Tous les projets qu’on peut faire n’ont que très peu d’importance si nous n’y ajoutons pas en haut de la liste « le plus beau métier du monde ». Et malheur à celui qui déciderait de partager sa vie avec une fille qui ne veut pas être maman. Il devrait sans cesse expliquer au monde entier que sa copine n’est pas une couveuse ou une matrice quelconque, qu’il n’est pas tombé amoureux de son utérus, et que jusqu’à preuve du contraire, il n’a aucune emprise sur ses ovaires. Les nullipares sont des égoïstes. De l’avis des femmes, car elles se dérobent à l’amour, de l’avis des hommes, parce qu’elles dédaignent de partager leurs œufs.

On écrit des articles sur les couples qui vivent sans enfants, comme s’ils vivaient une vie de marginaux, où ils expliquent les raisons qui les poussent à ne pas se reproduire, pendant que personne ne se penche sur les raisons qui poussent le reste du monde à procréer depuis tout ce temps. Pourtant, nombreuses sont les études qui démontrent que l’arrivée d’un enfant dissout les couples plus qu’elle ne les rapproche. Si avoir des enfants suffisait au bonheur, ça se saurait.

La dictature de l’utérus, c’est penser que parce que j’en ai un, je dois l’utiliser. La pression des ovaires, c’est le monde qui vous rappelle sans cesse qu’ils sont là. Malheureusement, les mentalités n’évoluent que très peu sur la corrélation entre maternité et féminité. Mais on ne perd pas espoir!

Le nombre de couples sans enfants n’a pas fortement augmenté ces dernières années, que l’humanité se rassure, la pérennité de la race n’est nullement en danger, les multipares sont encore en tête de peloton.

 

Allison

pics ©

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